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« [...] Une étude de McKinsey menée sur une période de 5 ans démontre une augmentation des revenus de 32% et des bénéfices de 56%. »

Comme n’importe quelle conférence à distance, l’attention de l’auditoire peut se perdre assez rapidement. En présentant quelques statistiques comme celle-ci à l’ouverture de sa conférence du 19 novembre dernier au CTAQ, la professeure émérite de la Darden School of Business, Jeanne Liedtka, a certainement réussi à capter l’attention des leaders et gestionnaires dans l’auditoire virtuel. 

Elle enchaîne immédiatement en disant qu’elle est probablement la personne la plus pragmatique et cartésienne présente à l’événement… mais que sa conférence porte sur le design et la créativité! Et d’ajouter: cette étude de McKinsey a été menée auprès de 300 firmes qui ont adopté la méthodologie de Design Thinking et qui ont démocratisé l’innovation et la créativité à travers l’organisation. 

Alors, qu’est-ce que le Design Thinking et comment appliquer ces grands principes dans une organisation?

Le Design Thinking en gestion

Pour beaucoup, le mot « design » résonne lorsqu’il est question de concevoir un produit ou une interface. Mais, qu’en est-il dans un contexte de gestion? 

Pour la professeure Liedtka, ce n’est pas le travail du designer en soi qu’un gestionnaire doit chercher à imiter, mais bien la manière par laquelle un designer aborde systématiquement un enjeu. 

Au fond, les réalités d’un designer et celles d’un gestionnaire ne sont pas si différentes : les deux doivent constamment trouver des solutions à des enjeux complexes et évolutifs sans avoir en main toutes les variables et données nécessaires pour prendre de bonnes décisions. Ils doivent équilibrer la logique et l’intuition dans le but d’arriver au meilleur résultat possible. Et, par-dessus tout, ils doivent tester des options, se tromper, apprendre et recommencer.

Pour justifier la similitude de ces réalités, la professeure Liedtka propose trois notions de design : 

  1. l’empathie, c’est-à-dire la capacité à comprendre les enjeux et besoins des humains composant nos parties prenantes;
  2. l’urgence d’inventer, soit l’obligation de découvrir de nouvelles possibilités pour résoudre ces enjeux humains;
  3. la méthodologie itérative, c’est-à-dire la capacité de tester et d’échouer sans trop d’impact dans le but d’apprendre rapidement et à faible coût.

Bien qu’elles apparaissent simples à première vue, Jeanne Liedtka admet qu’il peut être ardu d’appliquer ces notions dans un univers de gestion plus traditionnel où l’erreur est proscrite et où les considérations financières ont tendance à supplanter l’empathie.

Démystifier les mythes de l’innovation

Pour beaucoup, le sujet de sa conférence se trouve en marge du style de gestion en vigueur au sein de l’organisation, Elle en est pleinement consciente et propose aux gestionnaires virtuellement présents de se familiariser avec le DT en s’attaquant à deux mythes importants liés à l’innovation : 

Mythe #1 – Le mythe de Moïse 

Steve Jobs, Oprah Winfrey, Mark Zuckerberg, Elon Musk… nous avons tous en tête ces grands leaders que nous idolâtrons pour leurs innovations disruptives. Un peu comme Moïse, ils préparent le terrain à de nouvelles façons de consommer et changent le monde à jamais, autant pour leurs consommateurs que pour leurs employés. 

Jeanne Liedtka rappelle que l’innovation est le travail de tous et chacun, et que cette dernière est beaucoup plus souvent incrémentale que disruptive. En d’autres termes, qu’il n’appartient pas uniquement aux érudits ou mécènes de cultiver et propager des idées innovantes au sein de l’organisation. 

Ainsi, comme gestionnaire, il est primordial de démocratiser l’innovation, de laisser un plus grand nombre de gens participer aux exercices d’idéation, leur donner la possibilité d’être créatif. Cette façon de faire favorise la multiplication des idées et elle a un impact direct et positif sur la motivation des équipes.

Mythe #2 – Le mythe de la nouveauté

Pour décrire ce mythe, Jeanne Liedkta projette à l’écran l’image d’une valise sur roulettes, en rappelant à l’assistance l’époque où voyager rimait aussi avec la gestion de valises lourdes et difficiles à transporter. La valise existe depuis plus d’un siècle, dit-elle, et les roues datent d’avant l’antiquité. Pourtant, ce n’est que très récemment que les deux ont été assemblées pour créer un nouveau produit beaucoup plus adapté aux besoins des voyageurs. 

On a souvent tendance à voir l’innovation comme quelque chose de forcément nouveau. Pourtant, l’innovation peut parfois se trouver dans de petits détails simples du quotidien, dans l’agencement d’éléments qui existent déjà dans notre environnement. Ainsi, les leaders ont avantage à pousser leurs employés à partager les idées qu’ils ont l’habitude de discuter uniquement autour de la machine à café. Cela peut permettre d’amener une foule de petites innovations dans leur marché. 

En somme, bien qu’il soit difficile de décrire tous les rouages du Design Thinking en 45 minutes de conférence, Jeanne Liedtka a proposé des pistes de départ très prometteuses pour les gestionnaires qui souhaitent intégrer quelques pratiques de DT au sein de leur organisation.

Pour ceux qui souhaitent approfondir davantage le sujet, le CTAQ, en partenariat avec l’Université de Sherbrooke, offre une formation « Parcours Innovation » sur l’innovation, le Design Thinking et la gestion du changement. Une troisième cohorte se mettra en branle au premier trimestre de 2021. Poudre Noire offre également un service d’accompagnement adapté à l’industrie agroalimentaire!

 


Crédit photo : Martin Adams / Unsplash

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